Demande à la pierre
Interroga la pietra
Demande à la pierre – Interroga la pietra est un projet de recherche qui explore les relations entre matière, territoire et mémoire à partir de la pratique la teinture végétale par l’empreinte textile. Le titre agit comme une invitation : il s’agit littéralement de demander à la pierre, de la considérer comme une surface d’enregistrement, capable de révéler des histoires, des usages et des transformations souvent invisibles.
Le projet prend place à Argentiera, ancien village minier situé en Sardaigne, dont le paysage reste profondément marqué par l’extraction. La fermeture de la mine en 1962 a laissé derrière elle un territoire fragilisé, traversé par l’abandon, la pollution, les ruines et des tentatives parfois inachevées de réactivation. Ce contexte s’inscrit dans une réalité plus large propre à certains territoires sardes : des lieux à la fois riches d’histoire, de biodiversité et de mémoire sociale, mais souvent laissés en marge des dynamiques économiques et politiques dominantes
À partir de ce site, j’ai constitué une série d’empreintes textiles réalisées avec un mordant de fer (une rouille épaissie appliquée directement sur la pierre) puis teintées à partir de plantes locales. Le projet s’organise autour de quatre catégories de pierres, chacune associée à une couleur :
La roche naturelle, teinte à l’eucalyptus
Les ruines, teintes au ciste
Le bâti utilisé, teinté à la figue de Barbarie
Les déchets, teints à la grenade
Ce système permet de créer un lexique visuel dans lequel chaque pierre devient une entrée en matière pour parler d’un pan du territoire. À travers elles, on peut aborder aussi bien la géologie que l’histoire minière, les usages humains, la biodiversité, les transformations écologiques ou les tensions sociales encore présentes aujourd’hui. Même si ces pierres sont de nature différente, elles révèlent rapidement, lorsqu’on les observe ensemble, un réseau d’interdépendances qui compose le paysage.
Le projet se prolonge sur ce site à travers une carte interactive, pensée comme un outil de navigation et de mise en relation. Chaque empreinte y est géolocalisée et reliée à une documentation spécifique : photographies, archives, observations, ressentis, éléments scientifiques ou historiques. Le numérique n’est pas ici un simple support de diffusion, mais une manière d’activer les liens entre les formes, les lieux et les récits. Il permet de circuler dans le territoire autrement, de faire apparaître des continuités, des voisinages, des tensions, et d’ouvrir une lecture plus complexe du paysage, où les dimensions humaines et non humaines coexistent.
Demande à la pierre ne cherche donc pas à représenter Argentiera de manière exhaustive, mais à construire une forme d’observation située, sensible et documentée, où chaque trace devient un point de départ pour comprendre ce qui constitue un lieu.